07/06/2014

Gothfathers

Une note sur quelques influences notables du goth souvent occultées.

A cause de certaines compréhensions de l'après-punk, très ancrées car nécessaires pour consolider une certaine image du goth (romantisme noir et expérimentalisme spectaculaire), la plupart des récits font l'impasse sur les racines des scènes originales ayant un ton moins grave et sérieux. Or elles précisent parfois bien mieux que les références plus tardives ce qui fit l'originalité de la tendance au début des années 80.


Dans son article fondateur sur le positive punk (février 1983), Richard North explicite le dénominateur commun de ces nouveaux groupes : l'utilisation d'une imagerie mystique/métaphysique et le symbolisme, et cela avec humour, style et fun. Ces composantes essentielles du mouvement sont, chez certains groupes, bien plus proches du Rocky Horror que d'Aleister Crowley. L'épigramme de l'article emprunte également le « Don't dream it, be it ! » du Dr. Frank-N-Furter.

Les thématiques du musical glam rock culte de Richard O'Brien, hommage aux séries B de science-fiction et d'horreur, sont omniprésentes à la Batcave. Voici un extrait de l'adaptation cinématographique de 1975 :



C'est une généalogie commune avec le glam rock qui fit l'unité des groupes goths, comme le rappelle Simon Reynolds dans sa chronique du coffret A Life Less Lived: The Gothic Box (2006). Le critique insiste surtout sur le fait que ce fut Alice Cooper, bien plus que Bowie ou Bolan, qui était le vrai parrain du goth, de par sa théâtralité horrifique et son humour noir. Ouvrant la voie pour les branches américaine (death rock de Christian Death) et britannique (glam punk de Specimen).


Rappelons qu'avant de se ridiculiser en se prenant au sérieux et/ou en sombrant dans la nostalgie de son propre passé, le goth était festif et positif.

Cf. ce témoignage de Jonny Slut rapporté par Mick Mercer (Gothic Rock, 1993) :
It was a light bulb for all the freaks and people like myself who were from the sticks and wanted a bit more from life. Freaks, weirdos, sexual deviants... There's people around who'll always be attracted by something shiny, glittering, exciting. At the time the Batcave wasn't a doomy, Gothy, droney grungey sort of place. I don't think it ever was, but I imagine in this day and age that's what people may imagine it was... but it was more Gotham City than Aleister Crowley.

01/05/2014

Goth maintenant

Exercice sur l'historicité du goth. Quels courants musicaux contemporains présentent une démarche analogue ? Afin d'appréhender de possibles formulations répondant à cette question, il est nécessaire de considérer à la fois sa signification subculturelle et sa place dans l'histoire du rock.

 
Jason Pitzl-Waters, dans One revival or two?, observe un revivalisme double en 2011 de la tradition et des sonorités gothiques : à la fois au sein et en dehors de la subculture. Le terme « goth » fut plus ou moins réhabilité et appliqué à nombreux nouveaux groupes « sombres », ainsi qu'à des genres comme la witch house ou la dark/ritual ambient, qui ont successivement été dans la hype. L'attention s'est également focalisée sur des groupes comme Zola Jesus, Esben & the Witch, O Children,… Il fut question de « nu-goth » « nu grave » et de « nightmare pop ».
 

En parallèle du romantisme rétro de l'évolution de la scène historique, une nouvelle génération de musiques sombres s'étaient développées dès le milieu des années 80, sous diverses nouvelles étiquettes. La plus polyvalente et précise étant probablement « darkwave ». Pour Mick Mercer, le concept de goth change inévitablement et assume différentes formes, telles que l'ethereal ou le neo-classical. Les simples copies du goth originel ne sont donc pas intéressantes. Cela doit être vrai et sincère, et non forcé. Cf. cette interview en 2007.

Plus ouverte que ses prédécesseurs, la darkwave inclut dans ses influences tout ce qui est plus ou moins sombre. Le modo positif de la Batcave « Stand Up, Stand Out ! » y est également perpétuellement réactivé ; rompant avec la stagnation nostalgique et négative des vétérans.


En considérant le goth comme une forme punk de shock rock, une version postérieure de cette posture dut nécessairement prendre en compte des musiques plus récentes : le heavy metal et le grunge plutôt que le punk, l'indus plutôt que le postpunk. Schématiquement, nous arrivons bien au rock/metal industriel. La différence la plus notable avec le goth étant une plus grande politisation du discours.


Le visual kei offre également une formulation typiquement japonaise et parfois extrêmement post-moderne de shock rock plus ou moins gothique. Mercer rejette la tendance, l'accusant de n'être qu'apparence sans réel contenu.

21/04/2014

Postpunk vs Goth

Apprenons à reconnaître le postpunk et le goth.

 
Pour ceux qui ne comprennent pas le principe des liens hypertextes, voici deux morceaux s'inscrivant chacun dans une de ces deux tendances. Ils partagent une ligne de basse assez similaire, traitent du couple, mais divergent suffisamment musicalement et textuellement pour marquer l'écart :

  • We're so cool des Au Pairs (13 mai 1981) : un exercice du groupe mixte d'agit-funk de Lesley Woods sur l'aliénation dans le couple ; illustrant ici le métissage stylistique et le radicalisme critique des groupes postpunk les plus politiquement impliqués :
  • Body and soul des Sisters of Mercy (4 juin 1984) : une balade de la bande d'Andrew Eldritch sur l'abandon à l'autre, corps et âmes ; illustrant ici le retour du goth vers nombreux idiomes du rock, autant dans la forme que dans le fond :