04/01/2015

Positive Punk

Retour sur l'article considéré comme un des premiers rapports sur les débuts de ce qui plus tard sera connu sous le nom de « goth ».


L'article Punk Warriors fut publié dans le numéro du 19 février 1983 du NME, annoncé en couverture par « the music mystery and magick of the new punks ». Richard North y fournit une vue d'ensemble colorée d'une nouvelle tendance qu'il qualifia de « positive punk ».

La masse confuse de couleurs, l'atmosphère grisante, le plaisir, le sentiment collectif de mouvement.

Ces nouveaux groupes proposeraient une nouvelle direction pour la culture punk, positive et constructive : une alternative au nihilisme auto-destructeur des groupes de 76, et au développement trop terre-à-terre du oï.

North observe alors une réévaluation et un rajeunissement des idéaux punks originaux, une intensification et une expansion de cet ethos d'individualité, de créativité et de rébellion. Le reflet du retour de l'instinct, du rituel et de cérémonie dans la vie quotidienne, par l'utilisation d'images mystiques / métaphysiques et du symbolisme, avec humour, style et fun.

Sans promesse de révolution en l'air, dans le sens du rock'n'roll ou dans la sphère politique, et sans pour autant être escapiste ou défaitiste, le positive punk offrirait finalement la conscience de soi, la révolution personnelle, la perception colorée et la galvanisation de l'imagination. Une attitude aventureuse qui trancherait avec le terne et le conformisme ambiant.

Voici certains morceaux explicitement cités :





Quelques autres groupes évoqués :




Plus tard, North et les groupes eux-même regretteront le terme maladroit « positive punk », bien qu'il fut utile pour désigner le goth-punk d'avant le succès glamour de la Batcave.

Ci-dessous un épisode de South Of Watford (une série de reportage d'ITV sur les tendances londoniennes de l'époque) basé sur l'article. Plutôt qu'un simple revivalisme punk, Michael Moorcock montre qu'il s'agit d'une reprise de son dandysme et de sa résistance à la mode. Quelque part entre la philosophie thélémite d'Aleister Crowley et une sorte d'individualisme anarchiste.

20/12/2014

Lexicaliser goth, 2

Préquelle de la note sur la pratique contemporaine voulant faire du terme « post-punk » un synonyme de « gothique ». Revenons à une époque, où la distinction entre ces deux notions était indiscutable pour les gardiens du temple et premiers archivistes du mouvement gothique. Et attardons-nous sur la construction du vocabulaire endogène visant à définir et hiérarchiser les musiques dites sombres.


Dans les années 90, l'adjectif « gothique » était devenu une étiquette fourre-tout, où se confondaient un courant musical historiquement défini mais également la totalité de ce qu'écoutaient ceux qui se disaient « gothiques ». Soient divers courants que les grufties outre-Rhin regroupent plutôt sous le terme de Schwartze Szene :


Pour les producteurs de discours organiques au mouvement, le goth, en tant que scène musicale dut forcément être défini comme référence des musiques sombres, avec un panthéon de groupes dont les styles délimitent l'orthodoxie. Ce glorieux passé fut donc placé sur un piédestal parfois anhistorique, avec le fantasme d'un impact et d'un scandale digne de son ainé punk :
- Le Gothique, la droite ligne : « enfant terrible du post-punk décrié par dégout et/ou par moquerie (…) un des genres les plus matures de l'histoire du rock car contemplatif et esthétisant, et l'un des plus méprisés car outrancier et cynique. »
- Carnets Noirs : Batcave : « théâtralité, exubérance et expérimentation (…) des artistes trop fous pour se produit dans d'autres salles (…) théâtral parfois jusqu'à l'expérimentation pure et simple, tant au niveau musical que scénique. »

Les autres musiques écoutées et étiquetés par les corbeaux ne pouvaient qu'être imparfaites à côté de la pureté du goth originel renommé alors « batcave ». La « cold wave » apparaît pour les puristes comme édulcorées, soft et bourgeoise ; le « gothic rock », massif, travaillé, aux accents barbares et aux atmosphères passéistes ; la « dark wave » allemande, une sorte de revival qui réussit à faire du neuf avec du vieux ; les « heavenly voices », accusées d'utiliser la culture gothique comme faire-valoir commercial.


Dans ce contexte, le concept de « post-punk » ne fut accepté que s'il ne contredisait aucunement l'idée que l'évolution la plus viable du punk était le goth. Ainsi le courant postpunk ne pouvait aucunement exister dans ce système dans le sens employé par Simon Reynolds. Le terme y désigna plutôt une génération de punks tardifs et/ou le balbutiement du goth encore en gestation.

Rappelons juste que le goth s'était dégagé de la seconde vague punk en substituant la politique par la sexualité et la religion. En dernière analyse, cette posture issue du glam était bien plus transgressive que réellement subversive. Le côté « culte » et « underground » fut cultivé pour répondre à un public en quête de groupes réservés à quelques initiés. Malgré une musique objectivement plus abordables que celles des avant-gardes pré- et post-punk. Par sa position alors volontairement en marge, le goth ne put jamais réellement se positionner en dehors du rockisme, proposant seulement un spectacle d'opposition au mainstream. Ce qui est plutôt rétrograde, suite aux oppositions au spectacle expérimentées par le punk et le postpunk.
  
Quant au mythe de la diabolisation du mouvement, il ne trouvera de réalité que par la cooptation de courants plus scandaleux dans le catalogue des musiques sombres. Nombreux corbeaux peuvent donc remercier Marilyn Manson d'avoir offert à l'adjectif « gothique » une aura sulfureuse.

Sources :

Collectif, Carnets Noirs

04/12/2014

Gothmothers

Une nouvelle note sur certaines influences plus discrètes du goth.
 
 

Dave Thompson, dans The Dark Reign of Gothic Rock, voit dans les albums solo de Nico les premiers enregistrements gothiques. De sorte que, si la Batcave tenait de la Hammer, la chanteuse en serait la Mary Shelley. Il est vrai que ses chansons les plus introspectives et mélancoliques, caractérisées par un symbolisme abstrait, étaient largement admirées par les goths des 80's, au point que ses productions plus tardives apparaissent fréquemment sur des compilations étiquetée « gothic ».


Dans un récent hommage, Simon Reynolds explique que les somptueux paysages sonores de Kate Bush, qui renvoyaient à des temps pré-punks, devinrent intelligibles au sein des 80's luisantes et surproduites. Originaire de la même banlieue Sud de Londres que Siouxsie Sioux, la jeune femme apparut alors comme la grande tante chic des goths.


Ce sont les tendances les plus éthérées, goth-lite ou darkwave, plus enclines au travail de studio qu'à la performance scènique, qui furent les plus redevables de ces racines féminines.