Affichage des articles dont le libellé est goth. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est goth. Afficher tous les articles

27/11/2023

So old but so cold

Petit retour sur la conférence sur le post-punk en France, de 1978 à aujourd'hui organisé par la revue Persona.

Frédéric Lemaître y proposa de redonner des repères dans ce mouvement intemporel, mélancolique et plus raffiné que le punk (sic).

Après quelques exemples new wave et postpunk, et les indispensables « jeunes gens mödernes », le nombardement bifurque évidemment vers la « french cold wave ».

Voici donc quelques groupes citées à titre de complément du diptyque sur le sujet :

Nous ne saurons jamais ce qui fait l'originalité historique des scènes françaises : le mot conférence n'est pas beau, et n'a rien à faire ici (sic).

Rien à dire de plus. Et pour ceux que ça intéresse, voici :

28/07/2023

Goth Vampire Nation

Partons d'un documentaire, plutôt méconnu, sorti chez Cleopatra Records début 2011.

 

La jaquette du DVD nous présente le film de Jack Foster comme étant le documentaire goth ultime.

Visuels très datés et extraits de vieux films d'horreur pour un ton général collant avec l'idée de carnaval monstrueux. A la fois spectaculaire, provocant et ringard. Cela reste logique pour une production américaine où le mouvement ne cache pas les festivités d'Halloween derrière des prétentions cultureuses.

Niveau musical, cela s'étale sur trois décennies. Profitons alors de quelques exemples des années 90 et 2000 :



Une place est également faite aux groupes féminins de la compile Gothic Divas Presents (2006)



Pour finir sur quelque chose de proche, voici Music from the Succubus Club, bande originale d'accompagnement du jeu de rôle Vampire: The Masquerade, publiée par Dancing Ferret en 1999 :

25/06/2023

Histoires

Revenons à un des premiers sujets du blog : la distinction entre postpunk et goth.

Voici deux morceaux de groupes anglais à composition vocale mixte et évoquant des figures féminines historiques.

- Armagh des Au Pairs (13 mai 1981) : protest song mordante et sarcastique dénonçant les tortures subies par 32 prisonnières politiques en Irlande du Nord.

Une capture de l'idée postpunk que « le politique est personnel », soit l'invasion de la vie quotidienne par les événements contemporains et les actions du gouvernement.

- Snake Dance des March Violets (décembre 1983) : tube euphorique évoquant le mythique suicide de Cléopâtre VII qui se serait laissée mordre par un aspic.

Un témoignage de l'intérêt romantique du goth pour les grandeurs déchues du passé, hérité de l'exotisme des empires du XIXème siècle.

18/06/2023

Pagan Goth

Note sur la côté païen du goth.

Avec le goth, les humeurs byroniques ont largement remplacé les postures politiques. Son romantisme valorisant les superstitions médiévales et les désirs primordiaux.

Dès les années 90, le paganisme moderne commença à être perçu comme une influence vitale et une identité au sein du mouvement. Au UK, les termes  « pagan » ou « goth » étaient parfois synonymes et pouvaient être utilisés indifféremment par les promoteurs.

Dans un certain sens, la subculture absorba et nourrit une idée complètement alternative de ce que pourrait être une musique moderne « païenne » ou « occulte ». Du gothic rock à la darkwave la plus éclectique, en passant par divers folklores.

A noter que d'après une étude de Nancy Kilpatrick pour The Goth Bible (2004) jusqu'à 33% des sondés identifiés comme goths étaient fidèles à une forme quelconque de croyance païenne.

Source / pour approfondir :

Mick Mercer, Hex Files: The Goth  Bible (1997)
Simon Reynolds, Dark Things: Goth and the Return of Rock (2005)
Jason Pitzl-Waters, The Darker Shade of Pagan: the Emergence of Goth (2013)

10/06/2023

Racines du Goth

Trevor Bamford (Nightbreed Recordings) a partagé ce qu'il présente comme la playlist la plus cool du monde, un voyage sombre dans les racines de la préhistoire musicale du goth.

En voici un échantillon passé au tamis :

 





Voici aussi ces vieilles notes sur quelques influences notables et souvent occultée, masculines et féminines.

20/01/2023

MCMLXXXIII

Il y a huit lustres, les goths étaient légion.


L'hiver 1982-83 marqua un certain déclin de la new pop et l'émergence du goth. Comme en témoignent l'intérêt de la presse et le succès des soirées de The Batcave qui s'exportèrent dans tout le UK, et même jusqu'à New York.


Ou encore la sortie d'une compilation liée au club :


Alors que les précurseurs postpunk étaient devenus des popstars, les punks positifs et autres pionniers goths cultivèrent cet underground palpitant pour encore quelques années.











C'est aussi cette année là que David Dorrell (NME) a commencé à diffuser l'étiquette « goth », venant de Ian Astbury et Andi Sex Gang, pour désigner la tendance et les fans. (Cf. Origins of the term "Goth" de Pete Scathe).

14/09/2022

Héxagonalement goth (1/2)

Note en deux parties sur le cœur historique des musiques sombres de ce côté de la Manche.


La grand famille musicale la plus populaire fut plus communément nommée « cold wave ». 

D'après les Carnets Noirs, Acte II (2006), le terme est associé à une new wave froide et intellectuelle en opposition à une new wave commerciale et facile. Et la scène française et francophone fut non seulement très importante mais aussi très riche (...) particulièrement inventive, littéraire et audacieusement folle (sic).

En y regardant de plus près, cela recouvre un grand fourre-tout gothique, électrique et synthétique, avec quelques groupes en imperméables et beaucoup avec une parenté musicale claire avec le positive punk et le goth.

A part quelques exceptions se réclamant du glam-punk de la Batcave et du death rock, peu de formations se présentaient lookés. Ces dernières, qui témoigneraient d'une sensibilité typiquement française qui pousse à préférer les choses plus sophistiquées et liées à plusieurs domaines artistiques (sic) eurent le droit d'être qualifiées de « gothiques ».

La scène froide s'est évidemment construite comme une reformulation romantique et culturelle du punk. Les « jeunes barbares cultivés » succédèrent alors aux « jeunes gens modernes », comme une alternative à la new wave, au postpunk et à la new pop.











La suite ici.

03/09/2022

Proto-goth

Parlons des points de référence post-punk à l'origine du son et de l'esprit goth.

 
L'argument tacite de Simon Reynolds, dans son chapitre sur le goth de Rip It Up & Start Again (2005) est que les groupes qui ont inspiré les goths étaient de loin supérieurs aux goths eux-mêmes.


Le début des années 80 marque un moment où les idées d'obscurité et d'impureté (sexuelle) revendiquées par un nouvel underground commençaient à représenter une alternative à l'éclat commercial d'une new pop un peu trop propre sur elle, mais également au caractère hyper-rationnel et anti-religieux du postpunk.

Le public proto-goth s'accrocha alors à tous les groupes qui avaient quelque chose d'un peu fin et tordu à offrit, de romantique et de torturé.


Le journaliste rajoute une couche dans sa chronique du coffret A Life Less Lived: The Gothic Box (2006) : la musique goth la plus aventureuse a été faite dans la phase émergente du genre, avant qu’elle ne devienne un style codifié, avant même qu’elle n'ait ce nom en fait.

Dub rocky-horror caverneux, cavalcade doom-punk, blues grotesquement bruitiste, sean nós primitiviste, psychédélisme morbide ...








Vu du postpunk, ce proto-goth apparaît bien plus ouvert qu'une grosse partie du goth, désespérément ordinaire sous ses belles fringues de mystère surnaturel et de menace souterraine (sic).

Quelques citations de concernés :
Steve Severin pour Alternative Press (1994) : "All the time the Goth thing was growing up alongside us, we were doing something completely different to what the audience imagined we were doing, So they started doing it themselves. With the Sisters of Mercy... suddenly the audience was onstage itself."

Robert Smith pour Guitar World (1996) : "We didn't invent Goth. That's a myth. We were a raincoat band in those days. That was the term that was around at the time. Now I suppose it's all been lumped together. So now we've actually achieved this status of legendary Goth Gods. Around the time of Pornography we had a sound and a vision, and that's been turned into this notion of Goth. But it wasn't around at the time we were doing it. I don't think we really invented it. Bands such as the Sisters of Mercy that came after us, they were Goth. And Danse Society, who supported us on a British tour we did in '80 or '81. Those bands were responsible for Goth. They cited us as an influence, but they just took it a step further."

Daniel Ash pour VCReporter (2005) : "In England, Goth has always been a joke. It means big hair, too much makeup and no talent. People tend to say The Cure, Siouxsie & The Banshees, New Order and Joy Division were Goth. No way: Goth was Alien Sex Fiend and Specimen, all that crap. Time has shown we had more talent than those guys."

03/09/2021

Spontanément goth

Petite réaction à chaud à la sortie de Gothic Rock : Une anthologie en 100 albums 1979-2000 de Victor Provis.


L'introduction contient les indispensables poncifs : décadence, théâtralisation, radicalité fantasmée, romantisme, rejet du qualificatif, blâme des journalistes, récupération commerciale, et cætera.
« S'il est difficile de trouver des éléments gémellaires entre les groupes, on les rassemble instinctivement sous la même bannière. Le rock gothique se définit surtout en miroir des autres : trop noir, trop sombre, trop lyrique. »

« Les musiciens admettent être férus de films, de littérature, et souhaitent insuffler l'intensité qu'on y trouve à leur musique. »

« Si le punk veut la révolution sociale, le gothique déclenche une révolution culturelle. »

« Le musicien gothique se dit que le confort l'emportera toujours sur les velléités d'émancipation, surtout en considérant les valeurs humanistes comme illusoires. En dehors d'eux-mêmes, il n'y a rien sur quoi s'accrocher. (...) Il y a du nihilisme nietzchéen chez les goths. »

« Cette musique était la bande-son de ceux qui voulaient vivre de l'autre côté, qui avait une plus haute aspiration artistique et intellectuelle que ce que proposait le Top 50 dans les années 80. »

« La création musicale vient d'un élan naturel dont on ignore la source. C'est un mouvement spontané qui prolonge la profondeur de l'être. (...) Le gothique joue à être lui-même. »
Ces extraits choisis ne s'écartent pas vraiment du cadre idéologique de la subculture, précédemment traitées sur le blog.

L'auteur rappelle que les musiciens gothiques sont des gens très cultivés. Si le punk pouvait lire l'Humanité, le gothique lirait plutôt Télérama ou Technikart. Avec une musique apportant un petit capital culturel à un public narcissique qui voudrait se distinguer de la masse.

La troisième partie du livre tranche avec les habituels catalogues de sous-genres -- avec des groupes classés plus ou moins arbitrairement -- publiés depuis les séminaux Carnets Noirs (2003). Après l'anthologie, est ici proposé un historique bien documenté sur « les 10 scènes fondatrices » :
  • Post-punk
  • Death Rock
  • Positive Punk
  • Batcave
  • Ethereal Wave
  • Leeds Scene
  • Independent Project Records
  • French Goth
  • Darkwave 
  • Second Wave

L'étiquette « rock gothique » perd évidemment de sa pertinence si elle est collée sur tout ce qui est plus sombre ou histrionique que la moyenne. Et sans connaissance de la diversité et des dialectiques de l'après-punk, il est difficile de comprendre l'émergence de la tendance. Ou même de n'importe quelle autre de l'époque. Et avec une conception idéaliste de la production artistique, les œuvres apparaitront toujours comme créés ex nihilo par magie.

Mais comme pourrait dire Spinoza, l'ignorance n'est pas un argument.

Bonus :

Sans oser le demander, "Qui a peur du rock gothique ?" (Octobre 2021) avec une interview de Victor Provis

18/05/2021

Undead Undead Undead

Beaucoup de survivants de l'époque post-punk célèbrent leurs 35-40 ans. Certains font même encore de la scène ou sortent des galettes.


Que deviennent donc les pionniers du goth, death rock et positive punk, qui demeurent non-morts ?










Entre les impressions de tourner en rond et les égarements de certains, d'autres s'en sortent pas trop mal. Mais apparemment, tous semblent manquer de moyens, tant ils restent très confidentiels, sonnent autoproduits dans le mauvais sens du terme et/ou proposent des vidéos à très petits budgets.

A-t-on atteint les limites du D.I.Y. ?

22/08/2020

Vampire Disco

Nous avons tous vu cette charmante vidéo.


Voici quelques radios en ligne pour aider nos mammifères volant préférés à danser toute la nuit :
  • D-Side Radio (France)
  • M'era Luna FM (Allemagne)
  • Darkwaveradio (USA)
  • Radio Rivendell (Suède)

Mise à jour le 09/03/2024

25/09/2019

Vu à la télé, 2

C'est enfin l'automne, avec une pensée émue pour ceux qui, tout de noir vêtu, souffrent du réchauffement climatique et des canicules de plus en plus fréquentes.

Pour fêter cela, voici une petite archive montrant des punks sombres à la plage au journal de FR3 Provence Alpes en 1986


Avant la popularisation du terme « gothique », le journaliste lance en vrac « cold wave et autres post-punks » et les intéressés préfèrent utiliser le qualificatif très new wave de « mutants ».

A noter que sur ce document, la populace n'est pas encore constituée de « moutons » mais de « larves » qui grouillent.

Pour info : la musique vaguement perceptible en arrière plan n'est pas vraiment dark, car il s'agit de A Certain Ratio et leur punk-funk ici très calme et à la mode new yorkaise.


17/03/2019

Meta Goth

Bien que leurs débuts furent le codificateur de trope qu’est devenu le gothic rock, les Sisters of Mercy restent un groupe à part dans toutes les musiques sombres. Ambiguë, oblique et plein d'humour.


Ci-dessus, un trio alors en fin de vie, leur boîte à rythmes et la voiture des Monkees, un vrai-faux groupe formé par casting pour les besoins d’une série télévisée.

En fait, dès ses débuts, le groupe échangeait dans un « méta-goth » conscient de lui-même. A Leeds, il ne faisait pourtant pas partie de la scène art-school ; mais appartenait aux non-étudiants, en périphérie. Le chanteur / conceptualiste Andrew Eldritch, intellectuel oxfordien, admirait la stupidité et l’implacabilité du classic rock, le heavy metal. En guerre contre la pop, il estimait qu’un retour du rock ne pourrait se faire qu’au prix d’un amour irrévérencieux qui accepterait et soutiendrait son sens inhérent du ridicule. Redoutablement rockiste, ils embrassaient alors l'imagerie américaine et rejetait l'européanisme de la new pop. Sa formule fut donc un mélange maniéré des Stooges, Motörhead et Suicide. Le duo original se nomma à l’origine « The Captains of Industry » avant d'opter pour un emprunt à Leonard Cohen désignant à la fois un ordre religieux et un terme argot pour les prostituées, toujours à des fins de commentaires.
"The name’s nice and ironic (...), which seemed like a very suitable metaphor for a rock band. All this pseudo-faith business and high ritual, and yet – prostitution."
Leur attitude au travers de la parodie était conçue pour à la fois effrayer, divertir, exciter et inspirer le public. Et devint le prototype sonique et thématique d'un rock qui sera plus tard qualifié de « gothic », avec ses insinuations toxicomanes et ses références cryptiques. Visuellement le groupe tranchait avec le glamour de la scène goth : sunglasses after dark, biker chic, cigarettes, le tout caché derrière un brouillard de neige carbonique.


Le véritable intérêt de leurs reprises se situait dans sa dimension méta. Gimme Shelter faisant directement allusion à Altamont, devenu le symbole pesant de la fin du rêve sixties, quand la musique rock s'est arrêté pendant un instant que le trip est devenu aigre.


Et pour les titres repris de Dolly Parton, ABBA ou Kylie Minogue, il s'agissait à la fois d'un jeu sur le rôle présupposé macho d'un frontman et d'une lutte, qui a complètement échouée, pour le droit de devenir une icône gay. 


Eldritch se créa également un rôle de de victime romantique, flirtant avec les stéréotypes et tordant ses sources, mais trop défoncé pour s'en distancier. Les paroles de Walk Away étaient à l'attention de Gary Marx sur le départ. Le fameux concert au Royal Albert Hall en 1985, chant du cygne de la première mouture, étouffa le côté gothique du groupe dans ses propres excès stylistiques. Et la rupture fut rapidement prononcée entre la dialectique cynique du chanteur et l’enthousiasme ampoulé des deux autres musiciens restant.


Alors libéré du gothic rock canonique, et tourné vers l'euro beat et la darkwave de studio, Eldritch revint avec un morceau volontairement grandiloquent, sonnant comme le point culminant d’une soirée disco chez les Borgia. Avec des paroles de rock cliché et dénuées de sens comme si elle avaient été écrite par Wayne Hussey (sic) son ex-compagnon de route.


N’acceptant pas les classifications musicales de la presse et des labels, les Sisters of Mercy sont officiellement un groupe rock'n'roll, une « industrial groove machine », des « legendary techno rock gods » voire même de la « northern pop » mais au grand jamais « goth ». Des dires d’Eldritch le groupe reste effrontément moderniste et conspue le post-modernisme pour son ignorance du passé, sa fausseté et son manque d'ambition.
"The Sisters are occupied by politics and philosophy but we lack a spiritual agenda"
Renié par des nombreux fans de la première heure qui se sont sentis trahis, le dernier album contint la vindicte d'Elritch face à la politique américaine et son industrie culturelle. L'authenticité du rock y fut retournée contre elle-même. Le langage et l'hédonisme du heavy metal des 80s utilisés pour fustiger les yuppies, la valorisation de l'avidité, la propagande, les publireportages et même l'AOR.


Avec un soutien au Labor mais surtout des tendances anarcho-syndicalistes, n'a-t-on ici à faire au groupe affilié au goth le plus à gauche ?


Sources:

Andrew Eldritch, Rationale & Rhyme & Reason (2001)

Charles Allen Mueller, The Music of the Goth Subculture (2008)
Karl Spracklen & Beverley Spracklen, The Evolution of Goth Culture: The Origins and Deeds of the New Goths (2018)
 
Samuel Etienne, Andrew Eldritch : The Gothfather ? (2007)

NME Originals: Goth (October 2004)
- Adam Sweeting, The Devil's Floorshow (MM, 1983)
- Steve Sutherland, Careless Whispers (MM, 1985) & His Master’s Voice (MM, 1987)
Michael Ruff, Prinz der Feuchtgebiete (Spex, 1988)
Paul Elliott, Cats, Goths & The Sisters Of Mercy: An Audience With Andrew Eldritch (2016)

22/03/2018

BiTS

Numéro de la semaine de BiTS, un webmagazine d'Arte.

Gothic, la beauté des ténèbres
Rafik Djoumi & Joseph Vasconi (2018)


24/02/2017

Fashionnement goth

Note sur le look instantanément identifiable associé à la subculture goth.


Dès ses débuts, la mode goth consistait en un amalgame d'influences punk, glam, fetish et cinématographiques. Cet esthétisme cultivait des pensées discordantes, à la fois grotesques et romantiques, et tenait presque pour une parodie du gothique issu de la littérature. Dans la construction de ces récits, les vêtements avaient toujours joué un rôle essentiel et le roman éponyme était historiquement lié à la mode par l'apparition du consumérisme moderne au XIX° siècle. 


Some wear leather, some wear lace
Some wear makeup on their face

 
Cheveux crêpés noirs, maquillage sombre et épais, distinctement stylisé, accentuant yeux, pommettes et lèvres. La combinaison de l’apparence cadavérique et de l'androgynie fut au centre de la démarche de subversion.

Par la suite, les tenues furent souvent créés en mariant confusément plusieurs styles disparates et hétéroclites. Alors qu'un nombre significatif d'éléments des débuts demeuraient toujours présents, le thème général du sombre et du macabre s'est développé de différentes façons. Des looks ont émergés à partir de points relativement marginaux mais néanmoins cohérents. Les différentes nouvelles scènes absorbaient tous types de référents autres que ceux de départ (emprunts anachroniques, de l'élégance victorienne au fonctionnalisme militaire) et se diversifiaient en sous-catégories. La mode répondant toujours à des changements sociaux et culturels, la grande diversité des "goths contemporains" présente de nouveaux looks basés sur les scènes dance club et/ou le cosplay : cyber, lolita, steampunk, geisha, ...


La subculture s'est toujours articulée assez clairement autour d'un ensemble de styles spectaculaires pour promouvoir une identité « curieuse » « fascinante »  et « choquante ». Et la fonction des vêtements dépend largement de ceux qui les portes. En effet, la classe moyenne des 80's put promulguer la rébellion seulement par des codes stéréotypés ou implicitement ridicules. Alors que l'avant-garde déclassée des 90's préféra privilégier la figure aristocratique du dandy extravagant, souhaitant bousculer les conventions. Cette iconographie interne réanime délibérément des clichés et une fixation persistante sur le retour du passé.

 
Le mode dite gothique idéalise grandement le style féminin pour les deux sexes et transpose le binaire du genre dans les catégories de l'androgynie masculine et l'hyper-sexualisation féminine. Quant au retour au romantisme, il réintroduisit la dichotomie classique du rockisme, entre le guerrier masculin et la fée féminine. Dans toutes les sous-familles gothiques demeure l'existence d'archétypes très fortement genrés.

Cf. les fameux looks gothiques pour hommes et femmes par Fab Crobard.

A noter que les femmes gothiques sont trop souvent présentées dans la subculture comme des consommatrices de vêtement et de musique, plutôt que comme des créatrices de celle-ci.
 

En tant que subculture spectaculaire, le goth signifie la différence à travers l'innovation stylistique et une esthétisation de la vie quotidienne. Et en tant que subculture de consommation, il est orienté vers la marchandise et subit un processus de réification. Il suit alors un cycle de vie dans lequel les gens, la signification et les produits changent au cour du temps. Les interactions avec le mainstream altéra la manière dont le look fut représenté dans les discours. Et rapidement, l'habillement dit « gothique » devint spécifiquement la préoccupation première pour nombreux membres.

 
Le capital subculturel, qui inclut la connaissance et l'achat de biens de consommation, confère un statut à son propriétaire aux yeux de l'observateur approprié, qui le différencie subtilement de ses pairs et de la culture dominante. Il renforce ainsi les hiérarchies et les relations de pouvoir au sein de la subculture.


Sources / pour aller plus loin

Paul Hodkinson, Goth Identity, Style and Subculture (2002)
Marc Torrent, La Mode Gothique, Un Aperçu de l'Enfer (2011)
Catherine Spooner, Fashioning Gothic Bodies (2012)
Roberts, Livingstone & Baxter-Wright, Gothic: The Evolution of a Dark Subculture (2015)

06/02/2016

Glamoureusement goth

Note sur le continuum culturel glam–punk–goth.


Le glam offrit la synthèse de deux subcultures alors agonisantes, l’underground et les mods, mais dans un style spécifiquement blanc qui excluait la soul et le reggae.  Son large public innovait en matière d’apparence visuelle (vestimentaire et cosmétique), créant un nouveau look sexuellement ambigu défiant certaines conventions stylistiques conservatrices des milieux populaires. 

Escapistes et tournés vers un passé de fantaisie ou un futur de science-fiction, ces jeunes étaient engagés dans une espèce de performance théâtrale qui n’avait finalement rien de très radical, du fait de leur préférence pour le travestissement et le dandysme, à une véritable politique de libération et de dépassement des rôles sexuels.




Le punk britannique put alors être interprété comme un post-scriptum provocateur griffonné au pied du glam. Mettant à nu ses contradictions implicites, moquant son style exagérément baroque, il en adopta le narcissisme, le nihilisme et le goût pour l'ambiguïté.

L'essence même du glam avait été un mélange d’exhibitionnisme et d'autoritarisme avec son panthéon de stars fascinantes. Comme de nombreux fans de glam devenus punks sapeurs, le Bromley Contingent se retrouva en décalage avec la doctrine « no more heroes » et « anyone can do it » du mouvement. En contradiction avec l'idée d'égalitarisme révolutionnaire que représentait le punk pour ceux qui militaient pour l'occupation de la scène pop par la jeunesse ordinaire, Siouxsie Sioux, Billy Idol & co ne voulaient déchoir les rockstars de la old wave que pour mieux en usurper le trône.


La lecture pistolienne du punk comme un théâtre de la tyrannie et un terrorisme culturel, fut le principal pont entre les politiques provocatrices du glam et celles du goth.

Rapidement, l'hétérogénéité et la mutabilité de ceux qui réagirent au phénomène subculturel punk se traduisirent en une large variété de réponses esthétiques et spectaculaires.


Faisant écho au glam, la new romance représenta au début des années 80 une aristocratie auto-proclamée, une élite communautaire, où chaque membre était un aspirant idole. Alors que Boy George et ses pairs devenait des stars, les suiveurs des Banshees et des Ants gravitaient autour de la Batcave. Bien qu'adoptant une conception quasi-opposée quant aux mainstream et à la recherche de succès, le goth ne fut pas si différente du new romanticism, partageant avec lui cette généalogie commune glam et une passion pour la pose.


Sources :

Dick Hebdige, Subculture: The Meaning of Style (1979)
Simon Reynolds, London Glam City (2007)