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27/11/2023

So old but so cold

Petit retour sur la conférence sur le post-punk en France, de 1978 à aujourd'hui organisé par la revue Persona.

Frédéric Lemaître y proposa de redonner des repères dans ce mouvement intemporel, mélancolique et plus raffiné que le punk (sic).

Après quelques exemples new wave et postpunk, et les indispensables « jeunes gens mödernes », le nombardement bifurque évidemment vers la « french cold wave ».

Voici donc quelques groupes citées à titre de complément du diptyque sur le sujet :

Nous ne saurons jamais ce qui fait l'originalité historique des scènes françaises : le mot conférence n'est pas beau, et n'a rien à faire ici (sic).

Rien à dire de plus. Et pour ceux que ça intéresse, voici :

25/06/2023

Histoires

Revenons à un des premiers sujets du blog : la distinction entre postpunk et goth.

Voici deux morceaux de groupes anglais à composition vocale mixte et évoquant des figures féminines historiques.

- Armagh des Au Pairs (13 mai 1981) : protest song mordante et sarcastique dénonçant les tortures subies par 32 prisonnières politiques en Irlande du Nord.

Une capture de l'idée postpunk que « le politique est personnel », soit l'invasion de la vie quotidienne par les événements contemporains et les actions du gouvernement.

- Snake Dance des March Violets (décembre 1983) : tube euphorique évoquant le mythique suicide de Cléopâtre VII qui se serait laissée mordre par un aspic.

Un témoignage de l'intérêt romantique du goth pour les grandeurs déchues du passé, hérité de l'exotisme des empires du XIXème siècle.

14/09/2022

Héxagonalement froid (2/2)

Suite et fin de la note sur la tendance la plus populaire chez les corbeaux.


A côté du crypto-goth, la scène froide inclut une darkwave en nuances de gris, dans la continuité du postpunk kraftwerkien.

Comme le rappelle Jean-François Sanz (2008), toute une partie de la jeunesse française en quête d'identité se reconnut dans les textes sombres, la musique synthétique froide et l'attitude désinvolte de certains « jeunes gens modernes ». 

Ainsi certaines formations choisirent de distiller leur mal de vivre à l'aide de sonorités tirées essentiellement de synthétiseurs et de boites-à-rythmes, sans pour autant adhérer à une esthétique futuriste (Carnets Noirs, Acte II, 2006). Entre rigueur et romantisme, s'éloignant de l'electronica novö et de la synthpop.








Evidemment la frontière entre la tendance et ses voisines, dont le post-indus et l'EBM, est évidemment très poreuse.


La fin de la décennie vit apparaître un style toujours frisquet mais plus mélodique : la touching pop.


Héxagonalement goth (1/2)

Note en deux parties sur le cœur historique des musiques sombres de ce côté de la Manche.


La grand famille musicale la plus populaire fut plus communément nommée « cold wave ». 

D'après les Carnets Noirs, Acte II (2006), le terme est associé à une new wave froide et intellectuelle en opposition à une new wave commerciale et facile. Et la scène française et francophone fut non seulement très importante mais aussi très riche (...) particulièrement inventive, littéraire et audacieusement folle (sic).

En y regardant de plus près, cela recouvre un grand fourre-tout gothique, électrique et synthétique, avec quelques groupes en imperméables et beaucoup avec une parenté musicale claire avec le positive punk et le goth.

A part quelques exceptions se réclamant du glam-punk de la Batcave et du death rock, peu de formations se présentaient lookés. Ces dernières, qui témoigneraient d'une sensibilité typiquement française qui pousse à préférer les choses plus sophistiquées et liées à plusieurs domaines artistiques (sic) eurent le droit d'être qualifiées de « gothiques ».

La scène froide s'est évidemment construite comme une reformulation romantique et culturelle du punk. Les « jeunes barbares cultivés » succédèrent alors aux « jeunes gens modernes », comme une alternative à la new wave, au postpunk et à la new pop.











La suite ici.

03/09/2021

Spontanément goth

Petite réaction à chaud à la sortie de Gothic Rock : Une anthologie en 100 albums 1979-2000 de Victor Provis.


L'introduction contient les indispensables poncifs : décadence, théâtralisation, radicalité fantasmée, romantisme, rejet du qualificatif, blâme des journalistes, récupération commerciale, et cætera.
« S'il est difficile de trouver des éléments gémellaires entre les groupes, on les rassemble instinctivement sous la même bannière. Le rock gothique se définit surtout en miroir des autres : trop noir, trop sombre, trop lyrique. »

« Les musiciens admettent être férus de films, de littérature, et souhaitent insuffler l'intensité qu'on y trouve à leur musique. »

« Si le punk veut la révolution sociale, le gothique déclenche une révolution culturelle. »

« Le musicien gothique se dit que le confort l'emportera toujours sur les velléités d'émancipation, surtout en considérant les valeurs humanistes comme illusoires. En dehors d'eux-mêmes, il n'y a rien sur quoi s'accrocher. (...) Il y a du nihilisme nietzchéen chez les goths. »

« Cette musique était la bande-son de ceux qui voulaient vivre de l'autre côté, qui avait une plus haute aspiration artistique et intellectuelle que ce que proposait le Top 50 dans les années 80. »

« La création musicale vient d'un élan naturel dont on ignore la source. C'est un mouvement spontané qui prolonge la profondeur de l'être. (...) Le gothique joue à être lui-même. »
Ces extraits choisis ne s'écartent pas vraiment du cadre idéologique de la subculture, précédemment traitées sur le blog.

L'auteur rappelle que les musiciens gothiques sont des gens très cultivés. Si le punk pouvait lire l'Humanité, le gothique lirait plutôt Télérama ou Technikart. Avec une musique apportant un petit capital culturel à un public narcissique qui voudrait se distinguer de la masse.

La troisième partie du livre tranche avec les habituels catalogues de sous-genres -- avec des groupes classés plus ou moins arbitrairement -- publiés depuis les séminaux Carnets Noirs (2003). Après l'anthologie, est ici proposé un historique bien documenté sur « les 10 scènes fondatrices » :
  • Post-punk
  • Death Rock
  • Positive Punk
  • Batcave
  • Ethereal Wave
  • Leeds Scene
  • Independent Project Records
  • French Goth
  • Darkwave 
  • Second Wave

L'étiquette « rock gothique » perd évidemment de sa pertinence si elle est collée sur tout ce qui est plus sombre ou histrionique que la moyenne. Et sans connaissance de la diversité et des dialectiques de l'après-punk, il est difficile de comprendre l'émergence de la tendance. Ou même de n'importe quelle autre de l'époque. Et avec une conception idéaliste de la production artistique, les œuvres apparaitront toujours comme créés ex nihilo par magie.

Mais comme pourrait dire Spinoza, l'ignorance n'est pas un argument.

Bonus :

Sans oser le demander, "Qui a peur du rock gothique ?" (Octobre 2021) avec une interview de Victor Provis

25/12/2015

Exclusivité

Petit cadeau de Noël, une pierre supplémentaire à l'édification de la distinction entre postpunk et goth.


Le thème choisi pour cette note est le caractère possiblement exclusif des deux courants. Voici donc quelques exemples électriques et synthétiques :

Postpunk et pas du tout goth
- le punk-funk marxisant de Gang of Four (1980)
- l'art-pop technophile de Human League (1979)
- la muzak DIY de Young Marble Giants (1980)

Goth et plus vraiment vraiment postpunk
- le gothic rock zeppelinien de The Mission (1988)
- le dark ritual incantatoire de Rosa Crux (2002)
- le todeskunst théâtrale de Goethes Erben (1993)
 

Mise à jour 04/03/2019

19/06/2015

Myth Buster

En cherchant sur le web francophone des récits contemporains sur l'histoire du goth, il est possible de tomber sur la fable de l'article négatif sur la Batcave titré « La génération qui fout en l'air la civilisation » et qui serait à l'origine de l'image négative du mouvement, voire même de l'utilisation originelle de « goth » comme insulte. Bien entendu aucune source ni référence ne sont fournies par les corbeaux anonymes la colportant sur des forums et des blogs. Qu'il s'agisse d'une fiction consciemment construite ou d'une extrapolation d'après un savoir mal assimilé, une petite démystification s'impose.


Destructeurs de civilisation ?

Dans une interview par Tracks en 2007, Siouxsie Sioux raconta une nouvelle fois ses souvenirs de l'époque du Bromley Contingent, en insistant sur la mauvaise image médiatique du punk anglais. Celle qui fut, malgré elle, la marraine du goth évoqua un tabloïd titré The generation that wrecks civilisation.


A y voir de plus près, il s'agit en fait de la couverture par le Daily Mail de l'exposition Prostitution de la troupe de performeurs et musiciens COUM Transmissions (futur Throbbing Gristle) à l'Institute of Contemporary Arts de Londres le 18 octobre 1976. « These people are the wreckers of civilisation » commenta Nicholas Fairbairn, un parlementaire écossais conservateur. Les punks Siouxsie et Steve Havoc (futur Severin) y furent photographiés et légendés « visitors ... what today's connoisseur is wearing ».


L'année suivant, Genesis P-Orridge utilisera des éléments de l'article en question pour la pochette de son premier LP ; et Wreckers of Civilisation fut le nom d'un livre de Simon Ford sur COUM Transmissions et Throbbing Gristle.

Les dits destructeurs de civilisation furent finalement un collectif post-Dada et proto-indus en 1976, soit en pleine période punk et donc bien avant le goth.


Origine de l'étiquette ?

Pete Scathe avait enquêté sur ce sujet pour son A History of Goth. Depuis les années 60, l'adjectif « gothic » avait déjà été utilisé pour qualifier les ambiances produites par des musiciens comme les Doors, David Bowie, Joy Division ou encore les Banshees. Mais la première utilisation du terme « goth » pour décrire une certaine scène musicale serait issue d'une boutade amicale entre ses musiciens eux-même, et ce, pas avant la fin 1982 début 1983.

Cf. l'interview d'Ian Astbury par Dave Thompson et Jo-Anne Green pour Alternative Press (novembre 1994) :
The goth tag was a bit of a joke. One of the groups coming up at the same time as us was Sex Gang Children, and Andi -- he used to dress like a Banshees fan, and I used to call him the Gothic Goblin because he was a little guy, and he's dark. He used to like Edith Piaf and this macabre music, and he lived in a building in Brixton called Visigoth Towers. So he was the little Gothic Goblin, and his followers were Goths. That's where goth came from.
Le qualificatif aurait été rapidement relayé par Dave Dorrell du NME et remplaça l'éphémère « positive punk » de Richard North. En octobre 1983, Tom Vague utilisa « goths » pour décrire le subculture naissante dans Zig Zag (sous la direction de Mick Mercer).

Ainsi, selon ces sources, l'étiquette « goth » serait bien organique à la scène londonienne originelle et sans connotation négative.

14/05/2015

Bien et Mal

Note sur l'écart entre postpunk et goth sur fond de morale.

Voici deux morceaux s'inscrivant chacun dans une de ces deux tendances, et qui se positionnent très différemment par rapport au Bien et au Mal.
- She's Beyond Good and Evil du Pop Group (9 mars 1979) : une tentative postpunk de mélanger poésie existentialiste et aspirations politiques. A travers une déferlante disco-dub et des guitares funky cinglantes, Mark Stewart évoque un amour inconditionnel comme une force révolutionnaire, où les valeurs occidentales n'ont plus de sens.
- I Walk The Line d'Alien Sex Fiend (8 mai 1986) : un hymne goth sur la décadence du monde et de l'individu. Au dessus d'une rythmique électroïde martiale et d'une guitare rockabilly. Nik Fiend se targue de transgresser la morale par la défonce. Soit un retour de la métaphysique et de la posture rock'n'roll « Live Fast, Die Young ».

20/12/2014

Définir et préfinir

Préquelle de la note sur la pratique contemporaine voulant faire du terme « post-punk » un synonyme de « gothique ». Revenons à une époque, où la distinction entre ces deux notions était indiscutable pour les gardiens du temple et premiers archivistes du mouvement gothique. Et attardons-nous sur la construction du vocabulaire endogène visant à définir et hiérarchiser les musiques dites sombres.


Dans les années 90, l'adjectif « gothique » était devenu une étiquette fourre-tout, où se confondaient un courant musical historiquement défini mais également la totalité de ce qu'écoutaient ceux qui se disaient « gothiques ». Soient divers courants que les grufties outre-Rhin regroupent plutôt sous le terme de Schwartze Szene :


Pour les producteurs de discours organiques au mouvement, le goth, en tant que scène musicale dut forcément être défini comme référence des musiques sombres, avec un panthéon de groupes dont les styles délimitent l'orthodoxie. Ce glorieux passé fut donc placé sur un piédestal parfois anhistorique, avec le fantasme d'un impact et d'un scandale digne de son ainé punk :
- Le Gothique, la droite ligne« enfant terrible du post-punk décrié par dégout et/ou par moquerie (…) un des genres les plus matures de l'histoire du rock car contemplatif et esthétisant, et l'un des plus méprisés car outrancier et cynique. »
- Carnets Noirs : Batcave« théâtralité, exubérance et expérimentation (…) des artistes trop fous pour se produit dans d'autres salles (…) théâtral parfois jusqu'à l'expérimentation pure et simple, tant au niveau musical que scénique. »

Les autres musiques écoutées et étiquetés par les corbeaux ne pouvaient qu'être imparfaites à côté de la pureté du goth originel renommé alors « batcave ». La « cold wave » apparaît pour les puristes comme édulcorées, soft et bourgeoise ; le « gothic rock », massif, travaillé, aux accents barbares et aux atmosphères passéistes ; la « dark wave » allemande, une sorte de revival qui réussit à faire du neuf avec du vieux ; les « heavenly voices », accusées d'utiliser la culture gothique comme faire-valoir commercial.


Dans ce contexte, le concept de « post-punk » ne fut accepté que s'il ne contredisait aucunement l'idée que l'évolution la plus viable du punk était le goth. Ainsi le courant postpunk ne pouvait aucunement exister dans ce système dans le sens employé par Greil Marcus et surtout Simon Reynolds. Le terme y désigna plutôt une génération de punks tardifs et/ou le balbutiement du goth encore en gestation.

Rappelons juste que le goth s'était dégagé de la seconde vague punk en substituant la politique par la sexualité et la religion. En dernière analyse, cette posture issue du glam était bien plus transgressive que réellement subversive. Le côté « culte » et « underground » fut cultivé pour répondre à un public en quête de groupes réservés à quelques initiés. Malgré une musique objectivement plus abordables que celles des avant-gardes pré- et post-punk. Par sa position alors volontairement en marge, le goth ne put jamais réellement se positionner en dehors du rockisme, proposant seulement un spectacle d'opposition au mainstream. Ce qui est plutôt rétrograde, suite aux oppositions au spectacle expérimentées par le punk et le postpunk.
  
Quant au mythe de la diabolisation du mouvement, il ne trouvera de réalité que par la cooptation de courants plus scandaleux dans le catalogue des musiques sombres. Nombreux corbeaux peuvent donc remercier Marilyn Manson d'avoir offert à l'adjectif « gothique » une aura sulfureuse.

Sources :

Collectif, Carnets Noirs

26/06/2014

Goth vs Gothic

Il est temps de se pencher sur la nuance entre les codes adjectivaux « goth » et « gothic ».


Communément, l'adjectif « goth » fait référence au Goths, un peuple barbare germanique remontant au III° siècle et dont les deux branches, Ostrogoths et Wisigoths, furent en guerre contre l'Empire Romain à la fin de l'Antiquité.

L'adjectif « gothic » est lui plus souvent utilisé pour caractériser deux mouvements historiquement distincts :
- le style architectural francigenum opus qui s'est développé à partir de la seconde partie du Moyen Âge en Europe occidentale, atteignant son pic au XV° siècle.
- le genre de fiction littéraire anglaise, popularisé à la fin XVIII°/début XIX° et précurseur du roman noir par son cadre lugubre, mystérieux et souvent horrifiant
Comme l'évoque Pete Scathe, l'évolution vers un aspect plus raffiné du mouvement goth fut en grande partie une conséquence de l'étiquetage lui-même. En effet, les différentes appropriations des significations de ces deux termes orientèrent les différentes directions prises.


Le changement d'épithète de 
« goth » à « gothic » semble avoir accompagné le changement de paradigme du punk au rock au sein de la scène. Et de surcroît, un glissement des signifiants et des thématiques. Ce passage du goth originel au gothic rock, proprement dit, fut essentiellement initié par quelques groupes proposant alors les archétypes du genre.

La formation culte de Ian Astbury fut l'une d'entre elles. Voici donc deux exemples qui marquent assez bien cette rupture, et peuvent donc aider à éclaircir l'espace entre les deux concepts :
- goth, tribal et païen, chez Southern Death Cult, figure de proue des positive punks. 
- gothic, épique et romantique, chez The Cult, tête d'affiche des dark rockers.

21/04/2014

Postpunk vs Goth

Apprenons à reconnaître le postpunk et le goth.

 
Pour ceux qui ne comprennent pas le principe des liens hypertextes, voici deux morceaux s'inscrivant chacun dans une de ces deux tendances. Ils partagent une ligne de basse assez similaire, traitent du couple, mais divergent suffisamment musicalement et textuellement pour marquer l'écart :
- We're so cool des Au Pairs (13 mai 1981) : un exercice du groupe mixte d'agit-funk de Lesley Woods sur l'aliénation dans le couple ; illustrant ici le métissage stylistique et le radicalisme critique des groupes postpunk les plus politiquement impliqués :
- Body and soul des Sisters of Mercy (4 juin 1984) : une balade de la bande d'Andrew Eldritch sur l'abandon à l'autre, corps et âmes ; illustrant ici le retour du goth vers nombreux idiomes du rock, autant dans la forme que dans le fond :

26/02/2014

Réformer et déformer

Depuis le début du millénaire, les producteurs de discours autour de la subculture gothique semblent vouloir faire du terme « post-punk » la nouvelle étiquette générique de leur catalogue musical qui s'étend de la Batcave au Wave Gotik Treffen.


Attardons-nous, sur les origines de cette pratique, ainsi que ses implications dans la compréhension des courants musicaux impliqués.

Il faut dans un premier temps considérer la perpétuelle redéfinition des frontières génériques de la subculture gothique, et donc des épithètes utilisées, par ses membres. L'évolution des codes adjectivaux, en réaction à la mise à jour du vocabulaire musical et esthétique populaire, devient rapidement une nécessité pour une subculture afin de cadrer l'inclusion des nouveaux venus, mais également pour la construction d'une histoire mythique.

Afin de se réclamer d'une descendance directe du punk de 1976, influences et précurseurs sont alors nécessairement inclus parmi les pionniers issus organiquement du mouvement. Bien que cela soit objectivement faux et conduise à ignorer plus d'une demi-décennie de développements musicaux, donnant à de nombreux musiciens des intentions et un positionnement qu'ils n'eurent jamais.

Ainsi depuis le milieu des années 80, la programmation des soirées goths a toujours ratissé au delà des tendances goth/death rock et de la darkwave, s'étendant même à un certain type de postpunk ou à divers tendances indie, comme la dream pop.


En France, les adeptes du mouvement, désignés souvent sous le nom de « corbeaux », eurent même nommé tout cela « cold wave » voire « new wave » ; et ce bien que le véritable courant éponyme (~1976-80) n'y soit pas inclus. Les corbeaux qui découvrirent sur le tard le terme  « gothic », se l'approprièrent enfin. Mais toujours pour une utilisation bien trop large.

Dans les années 90, quand les média sur-usèrent le terme dans des contextes de sensationnalisme, les corbeaux le rejetèrent et s'emparèrent de divers signifiants et réécrivirent téléologiquement nombreuses définitions de sous-genres musicaux.

Ce rejet s'appuie également sur l'écart sémiotique dans l'utilisation des codes adjectivaux par des non-anglophones. Ainsi le qualificatif « goth », avec ses revendications tribales et païennes, renvoie plus facilement pour les francophones aux barbares dans son sens péjoratif. De même pour « gothic » qui perd beaucoup de sa connotation positive, littéraire et romantique, et évoque plutôt une imagerie moyenâgeuse.


Dans les années 2000, la (re)découverte quantitative et qualitative du courant postpunk du fait de son revivalisme international poussa nombreux corbeaux à préférer cet adjectif, apparemment plus neutre, aux éternelles « goth », « dark » ou « cold ».

Supposons l'équivalence entre musiques gothiques et musiques post-punk.

Si la niche alternative que fut le goth est qualifiée de « post-punk » (alors pris dans un sens large) à cause de ses liens avec le punk rock, alors tous les genres de rock issus de la diversité de l'after-punk jusqu'au grunge le sont aussi : alt-rock, indie-pop, hardcore, post-hardcore ... La liste des courants post-punk serait interminable, mais il n'y pas de contre-sens historique en énonçant que le goth est l'un d'entre eux.

Par contre avec une définition plus stricte, il y une différence de fond significative entre la démarche et la musique du courant spécifiquement nommé « postpunk » (~1978-81) et la scène originelle dite « goth » (~1982-85), cette dernière étant même née en réaction au puritanisme et à l'expérimentalisme du premier.



Cela s'applique également pour les développements suivants que sont le gothic rock et la darkwave, qui présentent une posture plus sérieuse mais renouent avec le rockisme et le romantisme pré-punk.

Sources :

Thierry F. Le Boucanier, Batcave Memories
Collectif, Carnets Noirs